dingoi

La nuit tombait sur la ville.

 

Le couvre feu imposé par le gouvernement, soutenu par l’armée, était en place depuis une heure déjà.

 

Dans les ruelles sombres et humides, masqués par l’ombre d’une carcasse de voiture rouillée et malodorante, un groupe de dingos observait la patrouille déambulant dans la rue hautement fréquentée durant la journée.

 

Ils étaient cinq. Parmi eux se trouvait une femelle, mais ses attributs féminins n’étaient pour l’instant que très secondaire, dans la mission qu’ils s’étaient imposés. A pas feutrés, celui qui semblait être le meneur s’avança vers le coin du mur et observa la patrouille qui s’éloignait. Les rues étaient maintenant silencieuses.

 

Le meneur se tourna vers ses compagnons. Sa silhouette se dessina à la faible lueur d’un néon de bar qui aurait été plein sans le couvre-feu.

 

Vêtu d’un treillis et d’un pull noir, deux grands anneaux pendus à son oreille droite déchirée, il portait une large balafre sur le visage, blessure très ancienne qui lui avait coûté l’œil gauche.

 

Il s’avança vers l’un de ses compagnons et lui souffla quelques mots à l’oreille. Celui-ci acquiesça et s’éloigna dans la rue maintenant déserte.

 

Se tournant vers la femelle, il posa une main sur son ventre et, de l’autre, l’attira contre lui.

 

Elle le regarda dans les yeux. Tous deux savaient que leur mission pourrait leur coûter la vie à tous les cinq, mais aussi aux chiots qu’elle portait en elle.

 

- Undo… Reste ici et assure toi que nous réussissions. Dit il d’un ton autoritaire.

 

Son regard ne cilla pas quand elle lui répondit :

 

- Si nous échouons, alors leur avenir, autant que le nôtre, est promis à l’échec… Je préfère mourir à tes cotés que de les laisser vivre sans leur père, Khovü…

 

Il grogna, découvrant légèrement ses crocs, mais elle ne cilla toujours pas, soutenant son regard.

 

La repoussant doucement, il détourna la tête, gardant un dernier instant sa main sur son ventre chaud, où palpitait la vie.

 

- Khovü…

 

Il lui jeta un regard où perçaient quelques larmes qu’il tentait en vain de couvrir par son masque d’autorité, mais celui-ci s’effritait, laissant apparaître celui qu’elle aimait réellement.

 

Sans retenue, elle se jeta à son cou et l’embrassa, son ventre rond embrassant le corps rude de son compagnon. 

 

Leurs lèvres se séparèrent tandis que revenait le dingo parti en éclaireur.

 

A voix basse, il développa brièvement leur situation.

 

- La patrouille reviendra dans un quart d’heure environ, ils font des rondes très serrées, l’information a du filtrer, Khovü…

 

 

Khovü grommela avant de répondre.

 

- On s’en tient au plan, ils ne doivent pas s’attendre à nous voir débarquer si vite. Un changement, Undo reste ici, Sink prendra sa place.

 

Le dénommé Sink, un jeune dingo d’une quinzaine d’années, sursauta nerveusement en entendant son nom. Il s’approcha.

 

- Tu ne peux pas lui donner une telle responsabilité, et tu le sais!  S’exclama Undonielle à voix basse. Ce n’est encore qu’un enfant, et tu voudrais l’envoyer à la mort?!

 

Le dingo retroussa les babines, les poils de sa nuque s’hérissaient.

 

- Undo, je te l’ai dit, tu resteras ici ! Que ça te plaise ou non, Sink prendra ta place ! Quant à toi, retourne à la base, et voit qui est la taupe!

 

La dingo écarquilla les yeux, le rouge lui montant aux joues sous l’effet de la colère. D’un geste rapide, elle lui asséna une gifle sur la joue droite, lui faisant détourner la tête sous le choc. Le bruit retenti dans le silence, tel un coup de tonnerre.

 

Il la regarda un instant, éberlué, tandis que des larmes roulaient sur les joues de sa compagne.

 

Tous se taisaient, respectant leur choix si difficile de préférer une cause à leur bonheur.

 

- Undo… Dit il, posant sa main sur son épaule.

Elle sanglotait, incapable de retenir ses larmes, cherchant au fond d’elle-même le courage de lui dire adieu.

 

- Khovü… Dit le dingo parti plus tôt en éclaireur. Il faut qu’on y aille maintenant…

 

La dingo releva la tête, à nouveau fière et sure d’elle.

 

- Le plan ne change pas. Annonça t’elle. Sink, au guet, vous autres, couvrez nous, Khovü et moi nous occupons des explosifs.

 

Le dingo savait qu’il était inutile de la raisonner, elle était encore plus têtue que lui. Lui prenant la main, ils se dirigèrent résolument vers leur objectif.

 

 

Ils couraient, longeant longeant l’enceinte de sécurité, à la recherche de la faille dont «Le Prof’» leur avait parlé une semaine auparavant. 

Ils la trouvèrent enfin, un simple espace libre de quelques dizaines de centimètres de diamètre, entourée de fils barbelés tranchants. De ce coté des remparts, la rue, la nuit, et sa sécurité relative. De l’autre coté, s’étendant sur un bon kilomètre, un champ miné où seuls les employés de la sécurité de la base pouvaient se déplacer sans tout faire exploser.

 

Khovü sorti une carte brouillonnée de sa poche et la coucha sur le sol. A coté des dessins sommaires, quelques lignes leur expliquaient qu’a 1 m 20 de hauteur, des détecteurs de mouvements, placés stratégiquement, étaient capables de repérer n’importe quel intrus, aussitôt détruit par des tourelles automatiques. 

 

Tout à coup, une ombre passa de l’autre coté de la clôture, ils se couchèrent tous au sol, espérant passer inaperçus dans la pénombre.

 

Un berger allemand portant l’uniforme de la base passa, une lampe torche balayant l’obscurité, bien trop haut pour qu’il puisse voir les dingos. Il semblait passablement éméché, leur taupe ayant apparemment réussi sa mission en offrant un verre drogué à ses collègues, aussi son odorat ne détecta pas leurs odeurs.

 

Ils suivirent des yeux sa trajectoire, mémorisant ainsi où se déplacer sans poser les pattes sur une mine. Le tour du garde fini, celui-ci réactiva les détecteurs, le silence se reposant comme un voile.

 

Khovü se glissa le premier par le trou, suivi de Undonielle, sentant son ventre frotter contre le sol poussiéreux. Sink fermait la marche.

 

D’un mouvement de la tête, Khovü lui fit comprendre qu’il devait attendre ici au cas où une patrouille, sobre cette fois, repasserait.

 

Le jeune dingo s’accroupit dans un coin et ne bougea plus, laissant l’obscurité l’envelopper.

 

 

Ils avançaient en s’aidant des coudes, tentant de rester le plus possible près du sol, tout en évitant soigneusement de quitter le chemin que le berger allemand avait emprunté.

 

La dingo était gênée par son ventre, où elle pouvait sentir battre le cœur de ses petits. Cependant, elle ne s’en plaignait pas, par fierté mais aussi par crainte que Khovü ne la force à partir.

 

 

 

Avec force de précautions, ils atteignirent enfin le cœur de la base, le réacteur, là où était produite l’énergie utilisée dans toute la ville, soutirée de force de la planète. Les instruments de tortures métalliques luisaient d’une lueur malsaine, comme habités par le mal. Le vacarme des machines était assourdissant.

 

Undonielle secoua la tête pour reprendre ses esprits.

 

Khovü installait déjà les explosifs, ne lui jetant aucun regard. Elle se dit que la dernière image qu’elle aurait de lui serait celle de son dos, musclés et sec, tandis qu’il s’afférait sur ces petits appareils compliqués.

Soudain, une lumière bleue s’alluma dans tout le bâtiment, suivie de près par une alarme assourdissante. Ils savaient que des intrus étaient entrés.

 

Peu après, on entendit des coups de feu, le cri d’un dingo tombant à terre, suivi d’un autre hurlant de douleur. Leurs ennemis se rapprochaient, et ils n’avaient plus aucune chance de sortir vivant de ce bâtiment.

 

 

Khovü se redressa, et se tourna vers sa compagne. D’un geste, il la pris dans ses bras et enfoui son museau au creux de son épaule, enfonçant sa truffe dans sa fourrure douce.

 

Elle plongea son regard dans le sien, leur souffle se mêlant. Ils savaient tout deux que la fin était proche.

Dans 5 secondes, ils allaient mourir.

 

Khovü dressa les oreilles, affichant un semblant de sourire. Des larmes roulaient sur ses joues.

 

- Souviens toi de moi… Pour qu’un jour… Tu me reconnaisses… Dit il, des sanglots dans la voix.

 

- Kho…

 


L’explosion déferla comme un raz de marée, les débris volaient, les gens hurlaient, tandis que la base entière prenait feu.

 

. Sink regardait les flammes ronger acier et béton comme si c’était du vulgaire papier, pour ne laisser que des cendres

 

Se rappelant tout à coup sa mission, il sortit de son sac à dos un drapeau multicolore, avec les inscriptions suivantes :

 

 

Pour la Liberté, Tous Ensembles

 

G. P. L. L.

 

 

Et l’attacha au mur de l’enceinte, là où les flammes ne l’atteindraient pas.

 

 

 

 

 

 

 

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